Retour sur ma participation au Congrès mondial de l'AIDA à Oslo : penser le droit de l'eau à l'heure des changements climatiques
Du 22 au 26 juin 2026, j'ai eu le privilège de participer au Congrès mondial de l'Association internationale de droit des eaux (AIDA), organisé à Oslo autour du thème : "Water Law and Governance in Times of Climate Change and Biodiversity Loss."
Ce congrès a réuni des chercheurs, universitaires, praticiens, décideurs publics et représentants d'organisations internationales provenant de tous les continents afin de réfléchir aux transformations que les changements climatiques et l'érosion accélérée de la biodiversité imposent au droit de l'eau et aux politiques publiques.
J'ai eu le plaisir d'y présenter une communication intitulée :
Water and Biodiversity in Tension: Towards Ecosystem-Based Wetland Governance in Quebec and Francophone Africa – A Comparative Legal Analysis of Quebec, Benin, Senegal and Niger.
Cette recherche est née d'un constat simple : alors que les zones humides sont reconnues comme des écosystèmes essentiels à la sécurité de l'eau, à la conservation de la biodiversité et à l'adaptation aux changements climatiques, leur gouvernance demeure souvent fragmentée. Les politiques relatives à l'eau et celles consacrées à la biodiversité continuent, dans de nombreux contextes, d'évoluer parallèlement sans réelle articulation institutionnelle.
À travers une analyse comparative des cadres juridiques du Québec, du Bénin, du Sénégal et du Niger, j'ai cherché à montrer que le principal défi réside moins dans l'absence de règles juridiques que dans la difficulté à coordonner les institutions responsables de leur mise en œuvre. Cette réflexion m'a conduit à proposer une approche fondée sur la gouvernance écosystémique des zones humides, enrichie par le concept de coopération mutualisée, qui met l'accent sur le partage des responsabilités, des connaissances, des ressources, des risques et des bénéfices entre les différents acteurs.
Au-delà de la présentation elle-même, ce congrès a constitué une occasion exceptionnelle de dialoguer avec des spécialistes du droit international de l'eau, du droit de l'environnement, de la gouvernance des ressources naturelles et des politiques climatiques. Les échanges, toujours exigeants et constructifs, ont confirmé l'importance de développer des approches interdisciplinaires et comparatives pour répondre aux défis contemporains de la gouvernance de l'eau.
J'ai également été particulièrement marqué par la diversité des expériences présentées. Les discussions ont illustré combien les solutions juridiques doivent être adaptées aux réalités écologiques, sociales et institutionnelles propres à chaque territoire, tout en s'inspirant des meilleures pratiques développées ailleurs. Cette diversité constitue l'une des grandes richesses de la recherche comparative en droit.
Je reviens de cette rencontre convaincu que les zones humides doivent être envisagées non seulement comme des espaces naturels à protéger, mais également comme de véritables socioécosystèmes, au cœur des stratégies d'adaptation aux changements climatiques, de préservation de la biodiversité et de sécurité hydrique.
Je tiens enfin à remercier les organisateurs de l'AIDA pour la qualité remarquable de cet événement ainsi que l'ensemble des collègues rencontrés à Oslo pour la richesse des échanges scientifiques et humains. Ces discussions nourriront les prochaines étapes de mes travaux de recherche, notamment la préparation d'un article scientifique approfondissant cette analyse comparative et les perspectives offertes par une gouvernance écosystémique des zones humides.
Les défis liés à l'eau et à la biodiversité dépassent largement les frontières nationales. Plus que jamais, ils appellent à renforcer le dialogue entre les disciplines, les institutions et les traditions juridiques afin de construire des réponses communes aux crises environnementales qui nous concernent tous.
Dr Sessinou Émile HOUÉDANOU